Historique 

L'étude de la faune littorale est aussi ancienne que l'histoire naturelle elle-même. Le premier ouvrage connu de cette discipline, l'Histoire des Animaux, d'Aristote, dans lequel figurent de nombreuses espèces marines, le prouve. L'exploration de la faune peuplant les profondeurs océaniques est beaucoup plus récente : il faut attendre le XIXème siècle pour qu'en soient découvertes et décrites les premières espèces. Jusqu'en 1860, la communauté savante sait que les profondeurs des mers sont considérables mais doute que la vie puisse y exister. Si, l'on sait depuis le XVème siècle, grâce à un sondage effectué par le grand navigateur Magellan (1480-1521), aux îles Touamotou, que les fonds peuvent atteindre jusqu'à 700 m, et si il n'est pas rare qu'au début du XIXème siècle, une ligne dérivée indique plusieurs milliers de mètres de profondeur, personne ne peut alors concevoir que des organismes puissent vivre en de telles abysses. Le fait est qu' en 1860, l'ignorance des conditions physiques des fonds sous-marins (température, luminosité, salinité, géologie,...) semble interdire de penser que des organismes vivants pourraient les habiter.

C'est la remontée d'un câble télégraphique, en 1861, immergé au fond de la Méditerranée pendant plusieurs années, entre Cagliari et l'Algérie, et sur lequel s'étaient fixés plusieurs organismes tels des Scléractiniaires (Coraux solitaires), qui confirme définitivement des découvertes précédentes novatrices mais passées inaperçues : dans son Histoire naturelle des Crustacés des environs de Nice (1813), le pharmacien et naturaliste niçois Antoine Risso (1777-1845), décrit plusieurs espèces vivant à plus de 1000 m de profondeur, à partir de récoltes éparses obtenues auprès de pêcheurs locaux ; en 1818, le capitaine anglais John Ross (1777-1856) a remonté de la Baie de Baffin, un échinoderme vivant de plus de 1800 m de profondeur, et nommé Asterophyton linckii. Lorsqu'Alphonse Milne-Edwards (1835-1900), est chargé de la description des animaux fixés sur le câble méditerranéen, les savants sont enfin prêts à en écouter les conclusions : les profondeurs sont indéniablement habitées par des organismes vivants. Cette affirmation est rapidement accréditée par plusieurs nouvelles découvertes : en 1864, les norvégiens Otto Martin Törell (1826-1900), au large du Spitzberg, et Georg Ossian Sars (1837-1931), au large des îles Lofoten, effectuent des dragages profonds à partir desquels ils obtiennent plus d'une centaine d'espèces nouvelles.

Rapidement, les scientifiques prennent conscience que si les profondeurs des mers sont un monde inconnu, elles n'en sont pas moins richement peuplées d'espèces très diverses, et que leur exploration nécessite des expéditions. C'est incontestablement à la circumnavigation britannique du HMS Challenger, menée sous la direction de C. Wyville Thomson (1830-1883), entre 1872 et 1876, que revient d'avoir marqué le point de départ de cette grande aventure de l'exploration des profondeurs, tant du point de vue de l'océanographie physique (bathymétrie, hydrologie, géologie, température,...) que du point de vue des récoltes biologiques (dragages, chalutages...) : on doit à cette expédition d'avoir découvert la ride médio-atlantique, différentes fosses océaniques, ou encore, des fonds à nodules polymétalliques ; surtout, pour ce qui nous intéresse ici, l'expédition du HMS Challenger a rapporté une remarquable diversité d'organismes vivants dont la description a été publiée par de nombreux collaborateurs, sous la direction de sir John Murray (1841-1914).


Le HMS Challenger


C. Wyville Thomson (1830-1883)

Après cette date, nombreuses sont les nations qui veulent disposer de leurs propres expéditions d'exploration des profondeurs. L'enjeu n'est d'ailleurs pas uniquement scientifique, mais également militaire et stratégique, comme c'est particulièrement le cas pour l'expédition allemande du SMS Gazelle (1874-1876).

Un très grand nombre de campagnes océanographiques vont être programmées à partir des années 1880 : la Hertha (plusieurs missions entre 1876 et 1890) pour l'Autriche-Hongrie, le Blake (plusieurs missions entre 1877 et 1886) et l'Albatross (1883-1886) pour les États-Unis, le Travailleur (1880, 1881, 1882), le Talisman (1883) et l'Hirondelle (1887) pour la France, le Vettor Pisani (1882-1885) pour l'Italie, le Dacia (1883) et le Buccaneer (1885) pour l'Angleterre, le Vitiaz (1886-1889) pour la Russie, le National (1889) pour l'Allemagne... Peu à peu, les expéditions se spécialisent dans l'océanographie physique ou dans les récoltes faunistiques ; même, elles n'ont plus la charge d'effectuer des voyages de circumnavigation mais plutôt d'explorer une région donnée du globe. Seules les expéditions suivantes ont effectué des récoltes dans la zone indo-pacifique, qui nous concerne : l'Investigator (1887-1901), la Valdivia (1898-1899), le Siboga (1899-1900), l'Albatross (1899-1900, 1904), le Dana (1920-1922), le Mahabiss (1933), le Galathea (1950-1952). En tout, au cours de ces différents voyages, y compris celui du Challenger, 1170 stations ont été réalisées à plus de 200 mètres dans toute la zone indo-pacifique.

< Sir John Murray (1841-1914)







L'Investigator >

Après la seconde guerre mondiale, les recherches sont essentiellement axées vers les profondeurs abyssales et hadales, c'est à dire les plaines sous-marines de plus de 2000 m de profondeurs et les fosses allant à plus de 10000 m. Il est vrai que ces milieux extrêmes fascinent nécessairement : en 1951, le Galathea, navire danois sous la direction d'Anton Brunn (1901-1962), effectue le premier dragage à plus de 10000 m, dans la fosse des Philippines. Dans les années 1950, commence l'ère des submersibles, bathyscaphes et autres sous-marins des grandes profondeurs : en 1953, le submersible le Trieste atteint 3150 m au large de Capri ; sept ans plus tard, le Trieste II atteint 10916 m, dans la fosse des Philippines. Depuis cette époque, et surtout depuis la découverte des peuplements des sources hydrothermales, en 1977, par le submersible américain Alvin, au large des Galapagos, de nouvelles explorations des abysses n'ont cessé d'être organisées.


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